Moi, je m'appelle Rosette et Gustave est mon ami depuis toujours. Quand nous étions petits, lui et moi, nous jouions ensemble parce que sa mère venait me garder, m'emmener promener. Gustave venait avec nous. Il a juste 2 ans de plus que moi. Maintenant, j'ai 12 ans et Gustave en a 14.
Les amies de maman quand elles parlent de lui l'appellent toujours "ce pauvre Gustave". Tu sais pourquoi ? J'ai demandé à maman et elle m'a dit :
...
"Oh, je suis fou de joie Rosette, me dit-il, que ta maman me fasse confiance. Tu sais que j'adore dessiner. C'est la seule chose qui me plaise vraiment en classe. Tu me donneras déjà une centaine de rouleaux de serpentins et je décorerai tous les murs de la salle de jeux près de la terrasse où tes parents vont servir le goûter, ce sera mieux ça."
"Et pour les masques, Gustave, qu'est-ce qu'on fera ? Maman en a achetés des noirs en velours mais ce n'est pas drôle. Il faudrait que chacun de nous ait une tête qui représente quelque chose. Là, on s'amuserait vraiment. Tu n'as pas une idée ?"
"Moi j'ai des idées. Mais il faut que tu me procures de grands cartons blancs. Je dessinerai les masques et je les peindrai. Puis, je leur donnerai la forme du visage. Ce sera bien, tu verras."
Gustave et moi, nous nous mîmes à l'œuvre. Quand il eut collé les serpentins sur les murs, c'était magnifique. Mes parents lui en firent 1000 compliments. Après quoi, nous nous attaquâmes aux masques. C'était un gros travail et très difficile, mais Gustave travaillait comme un fou. Il n'en dormait plus, passant ses nuits à imaginer des têtes d'animaux que personne ne connaissait. Il avait eu la peine et me laissa tout le triomphe.
...
"Oh je ne veux pas prendre une caisse entière, dit Gustave, mais je remplirai mes poches et ça me suffira."
On entendait déjà la grande musique des trompettes, des fifres et des tambours. Le défilé commençait. Comme d'habitude, il y avait toutes sortes de chars avec d'énormes personnages en caricatures qui faisaient toutes sortes de farces. Et autour d'eux sur les chars, les jeunes filles ou des enfants en tenue légère qui sautaient, dansaient, criaient, à qui mieux mieux. Nous criions tous aussi, perchés à la terrasse et nous lancions sur les chars des poignées de confettis et de longs serpentins. Les occupants des chars nous avaient remarqués et nous lançaient aussi des projectiles.
"Vive les extraordinaires ! criaient-ils, comme ils sont beaux ! En quoi êtes-vous déguisés ?"
...
Lorsque nous arrivâmes devant le jury, l'appariteur nous groupa tous les 10 : "Vous êtes un ensemble, dit-il, comment s'appelle votre groupe ?"
Personne ne savait que répondre. Moi, je me rappelais l'exclamation du premier char qui nous avait vu à la terrasse : "Nous sommes les extraordinaires", criai-je vivement, et nous fûmes inscrits sous ce nom.
Encore une demi-heure d'attente pendant que le jury délibérait.
Enfin on annonçât : "La récompense du meilleur groupe va aux extraordinaires !"
...
"C'est un peu fort, dit Arnaud, un ami d'école. Il n'a rien fait celui-là. Pourquoi doit-il avoir tout ça ?"
"Parce que je l'ai décidé, dis-je. Tu en avais fait seulement la moitié autant que lui tu pourrais te vanter, mais tu n'en aurais pas été capable."
...
Pendant ce temps, les garçons, furieux d'avoir été humiliés au profit de Gustave, cherchaient à se venger.
"Venez, dit Thierry, il est là-dedans. Faut pas qu'il croie que nous avons peur de lui. On est 3, on va lui faire son affaire. On n'a rien à craindre."
Les garçons poussèrent de toutes leurs forces sur la porte du vestiaire que Gustave essayait de maintenir de l'autre côté.
"Ils vont lui faire du mal, crièrent les filles, allons chercher Rosette, elle le défendra."
...
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